L’immense soleil rouge inondait la terre d’une
chaleur suffocante. Le ciel jadis si bleu était rougeâtre
depuis des temps immémoriaux.
Lui, il était assis le dos contre le mur chaud de sa maison délabrée. Immobile, les yeux plissés - depuis quelque temps il voyait moins bien que dans sa jeunesse, - il regardait les rails arriver de nulle part et disparaître dans l’inconnu.
Depuis des années, il regardait passer les trains. Il était assis comme maintenant, dos au mur, immobile, en écoutant chanter les rails quand un train s’approchait. Et le chant s’amplifiant devenait le bruit d’un ouragan d’acier et d’énergie.
Il savait que le train venait d’une grande ville - lui, il ne l’avait jamais vue - mais il ignorait où il allait. Là, dans un tournant, il disparaissait et tout redevenait calme comme avant.
Entre deux trains, il rêvassait de lointaines contrées inconnues. D’où il venait, où il allait et les gares où il s’arrêtait quelques instants, son imagination galopante voyait les gens courir après des choses.
Derrière son dos, la maison vivait elle aussi. Dans une chambre, un bébé criait et autour de lui des enfants jouaient à cache-cache dans les bosquets. Le voisinage envoyait une douce musique et ces bruits habituels et la chaleur moite lui faisaient dodeliner la tête. Ces éternels après-midis entrecoupés par le passage d’un train, c’était sa vie. Parfois le terrible grondement d’un navire stellaire faisait vibrer l’air autour de lui et les fenêtres de la maison. Mais il ne voyait pas le navire atterrir loin derrière l’horizon.
Un matin qu’il suivait les rails à pied, il fut étonné qu’il ne passât plus de trains. Un moment donné, il sentit vibrer la terre; puis ce fut l’air et les vibrations se transformèrent en un tonnerre jamais entendu et pour la première fois de sa vie, il a vu! D’innombrables navires interstellaires décollaient en plein effort vers l’ouest et l’air déplacé était tellement violent qu’il fut obligé de s’allonger et il avait peur. Il tremblait.
Depuis, c’était le silence. Il continuait à regarder les rails et les trains ne passaient plus. Dans son dos la maison était morte. Il n’y avait personne dedans. Pas de pleurs de bébé, pas de musique douce, pas d’enfants jouant dans les bosquets à moitié brûlés par le soleil.
Ils l’avaient oublié. Il le comprenait maintenant. Ils étaient partis avant que le soleil gonfle, que la rougeur inonde toute la Terre. Il savait qu’il était seul et il avait soif. Le train ne venait plus... Le soleil... La soif. Il se mit debout difficilement et le dernier chien de la Terre disparut dans sa maison.
