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Abderrahmane ZENATI l'Art qui bouge |
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"Homme de cœur et d'esprit, animé par une foi très sincère, Abderrahmane Zenati à marqué d’une présence continue et féconde le champ de la peinture marocaine, assurant ainsi une contribution certaine à l’essor et au développement de la vie culturelle de son pays." Deghmoum Moussa
AL HOGRA « Extrait »
« … C’était à Oujda
que j’ai connu mes premiers désenchantements, mes premières désillusions et
mes premières déceptions…
les
gens vivaient dans cette ville comme au Far West… les différents quartiers
étaient peuplée d’aventuriers de souches mélangées et souvent équivoques,
allant de l’aristocratie française au bagnard algérien libéré et pas tout à
fait assagi. De l’usurier fassi avare qui spéculait sur la laine, les
tissus, les terrains au légionnaire italien blasé qui avait jeté sa barda
après un lustre de régiment et s’adonnait au trafic en tout genre.
«… A cette époque, me disait ma mère, pareils à ces serpents chassant les grenouilles dans les eaux troubles, certains intrigants algériens, surnommée par nous autres « deuxièm-fran’cess », avaient ramassé un important pécule par des moyens bons où mauvais. Lorsque le pays à retrouvé souveraineté, par calcul, ces magouilleurs, sont tous devenus marocains… leurs rejetons occupent actuellement les postes clefs du Maroc Indépendant et vendent à prix d’or les terrains de « leurs » immenses vergers « volés » par leurs ascendants quelques années plutôt… les rues importantes et les grands quartiers de la ville portent encore honteusement les noms de ces escrocs sanguinaires. Jusqu’à quand ? Oui ! J’ai évolué dans cette Oujda qui vivait sous la cruauté, le mépris et l’oppression de la forte communauté d’algériens qui « dominait » l’humble marocain et le marginalisait dans son propre pays… Je faisais partie de ces enfants marocains méprisés pendant que nos « frères », les rejetons algériens étaient choyés par cette France qui les traitait comme d’authentiques français… Alors que l’enfant marocain, famélique et cependant fier, apprenait à rabâcher le Coran sur une planchette, dans les coins obscurs, enfumés et mal aérés d’un « m’sid » exigu, son « frère » algérien, gavé et déjà conscient de « sa supériorité » inventée par le colonialisme, était dirigé dans les écoles françaises, apprenait les mathématiques, les sciences modernes et la littérature … Ayant fréquenté le m’sid pendant un certain temps, a par quelques uns, tout ce que le marocain avait apprit ne dépassait pas le fait de réciter, comme un perroquet, quelques versets élémentaires du Coran. Du psittacisme. Il répétait mécaniquement de longues phrases qu’il entendait et qu’il apprenait par cœur sans y rien comprendre. Il ne pouvait ni raisonner, ni avoir présent à l'esprit le sens et les idées des mots puissants qu’ils disait mécaniquement. J’avais grandi à cette époque où à Oujda médecins, pharmaciens, dentistes, avocats, interprètes, directeurs d’écoles, commissaires et autres cadres musulmans était, par la volonté de l’administration française, uniquement algériens… J’avais grandi à cette époque où Oujda, durant ce temps, était ravagée par de terribles épidémies. Le choléra, la variole, le trachôme et la tuberculose faisaient des dévastations. La dysenterie et la typhoïde tuaient des centaines de personnes. N’importe quelle infection intestinale causée par des bacilles ou des amibes, était grave pour tous les habitants. Mais beaucoup plus pour les pauvres, les mal-portants, les vieillards, les enfants chétifs, qui se vidaient et mouraient. On se soumettait à cette sélection naturelle avec la résignation et le fatalisme des croyants habitués aux avanies de la nature et des saisons. La médecine moderne n’était pas à la portée de tous. Les pauvres avaient recours aux médicaments traditionnels, en se soignant par les racines, les plantes et les organes des animaux… Les quelques médecins militaires français réservaient leur science à leurs compatriotes et à certains algériens, considérés à l’époque, comme des français à part entière. Les malades marocains restaient la proie des rebouteux, des diseurs de foire et des colporteurs… Les gens mouraient par dizaines. On jetait de la chaux sur leurs corps dans les fosses avant de les recouvrir de terre… Ainsi, pour une fois, algériens et marocains, croyants et impies étaient réconciliés dans la même tombe… »
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TERRE
TRAHIE PAR LES SIENS
« …
Zakaria le «Poète fou» arracha violemment une partie du poster en couleur de
l’ancien ministre oujdi candidat aux élections, la mit dans sa bouche, la
mâcha un instant avec rage et la cracha avec dégoût, avant de partir d’un
grand rire caverneux :
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LE VENT DE L'EST S'ARRÊTE A FIGUIG "Extrait"
J’avais treize ans. Un
soir d’hiver, il faisait froid et il était sept heures trente, lorsque je
rentrai de l’école retrouvant la douceur de la grande maison que nous
habitions dans le beau quartier du Maârif à Casablanca.
Il faisait bon. Le monde me paraissait un endroit délicieux dont la quiétude était troublée seulement par les devoirs que j’avais à faire le soir. J’ai trouvé ma mère, ma grand-mère, Mami-Fanna, mon grand-père, Papi-Jelloul , l’oncle Moulay Slimane, Tonton El Bachir et Tata Zohra, déjà à table. Mes parents dînaient tôt. La pièce était assez grande et pas mal meublée. Ma mère me foudroya du regard et hurla : — Où étais-tu «petite canaille » jusqu’à cette heure-ci ? Je fais la sourde oreille. — Akh, Tfou ! ... On dirait une vulgaire abrutie élevée dans les bas quartiers d’Oujda… Sans faire attention à elle et à ses grimaces rageuses, j’ai embrassé Mami-Fanna sur la joue et Papi-Jelloul sur la main. — Akh, Tfou ! … Elle est comme ces gens de là-bas ! … Tous féroces, cruels, sauvages et sadiques » … Il faut avouer que ces paroles de ma mère, indignes d’une maman qui se respecte, m’enrageaient. — Tu as tardé, ma chérie ! Me dit Mami-Fanna avec tendresse. Nous commencions à nous inquiéter. — J’ai été chez une copine, lui expliquais-je laconiquement, tout en posant mon lourd cartable sur le divan. — Dépêche-toi, Sophia, dit-elle. Mets-toi vite à table. Le dîner va être froid. — Tout de suite, Mamie, lui dis-je en me savonnant les mains au lavabo de la salle de bain. C’est alors que ma mère, de nouveau, me lança un regard hostile et hurla, la bouche pleine : — Ne répands pas l’eau par terre, comme une petite sauvage ! ... — Je l’essuierai, dis-je d’un ton sec, sans la regarder. — Mais, non, bougonna Mami-Fanna. Ce n’est pas ton rôle, Sophia. La bonne va le faire tout à l’heure…. Viens vite manger, petite chérie... Ma mère regarda Mami-Fanna et révéla sa contrariété en fronçant les sourcils. — Bon ! … Alors je ne l’essuierai pas, Mamie, dis-je en chantonnant et en regardant ma mère de biais avec défi. Le visage déformé de colère, grogna : — c’est ça ! … Ton rôle n’est pas d’être un peu utile à la maison… petite traînée, va… Tout comme ton salaud de père, tu ne fais que vagabonder avec tes petits copains dans ces habits ridicules… Akh, Tfou ! … Ce qu’elle peu ressembler à son crétin de père ! … Ils me martyrisent l’esprit et me font souffrir. Agacé par ses remarques pertinentes, je haussais les épaules et m’installais près de papi-jelloul. Papi-Jelloul et Mami-Fanna, avaient fui la misère de Figuig dans les années cinquante et trouvaient refuge à Oujda, puis de là, à Casablanca. En quelques années seulement, Papi-Jelloul avait fait fortune. |
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Goût de cendre
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MÉMOIRES DE LA FOURMI "Extrait"
Nous n’étions que de petits enfants et le destin avait condamné chacun de nous à vivre dans la rue livré à lui-même.
Je me revois portant une longue chemise rapiécée, un pantalon sale, en loques et une vieille veste trop large. J’avais toujours sur la tête un chapeau de paille dont le large bord roulé me retombait sur les yeux. Mes pieds aux ongles déchiquetés, aux talons fendillés, se posaient douloureusement, l’un après l’autre sur la terre pleine de cailloux pointus, sur des ronces et des épines… Comme des centaines d’autres enfants, Khoubi, Jab’Allah, Tchita et moi, vivions de n’importe quoi. Nous couchions tard, dans la rue, à la belle étoile et nous vidons le lieu aux aurores pour faire les poubelles, afin de dénicher quelque nourriture, pour survivre. Nous hantions les terrains vagues, les dépotoirs publics, les vergers et les champs de vignes. Nous pénétrions parfois frauduleusement dans des maisons et des fermes. On s’amusait à chasser les gerboises, les chauves-souris, les caméléons et les lézards. Nous disputions, par tous les temps, notre nourriture aux chiens errants et aux chats de gouttières. Nous chassions, à mains nues, les serpents venimeux et les scorpions hideux. Dans notre vie misérable, les enfants de riches se moquaient de nos mines tragiques, austères et nous évitaient comme si nous avions la lèpre. Les adultes détournaient leur regard ou faisaient semblant ne pas nous voir. Ce fut une bien grise enfance que la notre. Notre rire évoquait le râle de ceux qu’on torture. Notre sourire avait l’air désolé des cicatrices. Nous étions repoussés, abominés, maudits, sans issue, sans avenir. Nous n’étions pas heureux du tout. Certains jours, nous regrettions même d’être venus au monde…
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La dernière mise à jour de ce site date du353/12/Sat