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Abderrahmane ZENATI l'Art qui bouge |
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"Être attachant et très humain, Abderrahmane Zenati a crée un style original, ouvert sur l’avenir, fruit de recherches et d’expériences riches... Il est permis de dire qu’il figure avec son apport prolifique parmi ceux de nos penseurs qui font avancer les choses, assurant à l’art marocain sa pleine identité, fondée sur une esthétique spécifique." Kahoul Abdelwahid
LES CIGOGNES REVIENDRONT-ELLES A OUJDA ? "Extrait"
Un matin, en reprenant mon stage, une belle infirmière
Marocaine, à rempli une seringue dix C.C.
J’avais placé l’aiguille dans le fessier du malade, je m’apprêtais à injecter le liquide, lorsque le docteur Lazrak, hurla : Arrête !... Arrête, malheureux ! Qu’est-ce que tu fais ? Qu’injectes-tu à ce malade? Le malade en question, était un officier du F.L.N. — Je ne sais pas ! Je crois que c’est de la pénicilline. — Quoi ? De la pénicilline ? Serais-tu aveugle, espèce de salopard? Ne vois-tu pas que ce malade est allergique à la pénicilline ! N’as-tu pas vus l’inscription en rouge sur la feuille de température, espèce d’idiot ? ... — Je... je n’ai pas fait attention ! Je suis encore stagiaire, c’est mademoiselle Aïcha qui m’a dit de faire l’injection... L’infirmière, drapée dans une tenue serrée qui lui moulait le corps et toujours en compagnie de son courtisant était devenue livide. Le docteur Lazrak la regarda en fronçant les sourcils. Elle se détourna, me regarda dans les yeux et hurla : — Moi ? Tu es fou ou quoi ? Jamais, je ne t’ai ordonné quoi que ce soit... — Voyons, mademoiselle Aïcha lui dis-je, c’est bien vous qui. — Ce n’est pas vrai ! Tu mens, cria-t-elle. Devant son volte-face, moi aussi, j’ai voulu hurler, mais ma voix s’est étranglé... j’ai dit en bégayant : Mais si, c’est vous, mademoiselle qui me l’avez ordonné en présence de monsieur... N’est-ce pas monsieur ? — Je n’ai pas fait attention ! Je n’ai rien vu, dit le futur ministre des affaires étrangères de Boumédiene et par la suite Président de l’Etat Algérien. L’ophtalmologue appela sur-le-champ, le surveillant général, monsieur Bouréda. Celui-ci ordonna à Abdelaziz de quitter l’hôpital sur-le-champ. Ce n’est, finalement, que grâce au témoignage des autres stagiaires que j’ai pu être sauvé de cette mauvaise situation. Une enquête fut ouverte avec l’infirmière, quant à moi, je fus muté comme stagiaire au service de la maternité.
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LE RETOUR DU BIGAME "Extrait"
J’ai hésité longtemps avant d'entrer dans une cabine téléphonique. Finalement, je m’étais décidé. J’ai décroché le combiné et glissé quelques pièces de monnaie dans l'appareil...
A l'autre bout du fil, la sonnette, se mit à tinter. – Pourvu que je trouve quelqu'un, me dis-je. De la vitre de la cabine, j’observai un autobus d'un autre âge, bourré de gens. Le véhicule avançait, péniblement dans un nuage de fumée noire, nauséabonde et un fracas de métal. Enfin, je sentis que quelqu'un décrochait l’appareil. – Allô ! ... Mon visage s'éclaira lorsque je reconnus la voix de mon fils aîné. – Salim ? C'est toi ? – Oui ! répondit mon fils d'une voix endormie... Qui est à l'appareil ? – C'est moi !... Je suis Dahmane, ton père !… A l'autre bout du fil, Salim fit une pause et observa un silence. – Papa ? C'est toi ? Mon cœur s’était mis a battre très fort. J’avais réussi à grimacer un sourire crispé. – Oui, mon fils, c'est moi ! ... Bonjour !... Un silence angoissant dura quelques secondes. – Que veux–tu ? Interrogea Salim sèchement, puis de nouveau, il garda le silence. Vaincu par l’émotion, je m’efforçai vainement d’étouffer un sanglot. – Je... je suis content de t'avoir au bout du fil, mon fils. Un nouveau silence s’établit. Salim s'était certainement rappelé les années écoulées où j’étais parti vivre ma vie avec cette Zouzou ... Je présumai qu’il avait d'abord pensé à sa mère et à ses frères qui, par ma faute, moi le père insouciant et indigne, menaient une vie misérable. Maintenant, après des années d'absence, après avoir été ruiné et chassé par ma seconde épouse, me voilà que je lui téléphonais... – Cela fait des années que tu n'as pas donner signe de vie, papa... – Je suis désolé, mon fils. Tu sais ce que c'est. Le travail... les occupations... Je sais que j'aurais dû... – Je ne sais pas quoi te dire... – Dis ce que tu as envie de me dire, mon fils ! Dis tout. – Tu m’as appris à dire toujours la vérité, de ne jamais mentir, n’est ce pas ? – Oui, c’est bien cela, mon fils... – Et bien, je vais te dire la vérité. La voix de mon fils trahissait une colère mal contenue : — Je ne sens plus rien pour toi, papa !… Tu es sorti de notre vie à tous, ici... Nous t’avons tous oublié... Désormais, tu ne fais plus partie de notre existence. J’ai eu l’impression d’avoir été poussé dans l’eau d’un fleuve furieux couvert de glaçons et qui m’entraînait irrésistiblement vers un gouffre. Mes paupières se baissèrent et mes yeux se mouillèrent. – Tu me manques, mon très cher fils Salim… Vous me manquez tous... Un silence qui me parut des siècles. – Qu'est ce que tu deviens, mon enfant ? – Cela ne te regarde plus. — Je t’en pris, mon garçon, soit gentil avec ton père. — Gentil ? Est-ce juste ça ?… Tu ravage toute une famille, tu meurtris le cœur de ma mère avec ta bestialité, tu nous abandonne comme des chiens bâtards et tu parts te marier avec une femme qui porte en elle le germe hideux du mal et tu viens me dire maintenant d’être gentil avec toi ?… Tu t’absentes des années sans donner de tes nouvelles et tu viens maintenant me téléphoner ? Tu veux effacer ta faute par une tendresse affectée, inquiète, pitoyable !… Tu crois qu’ainsi l’horreur de ton acte est refoulée dans les ténèbres Du monde ? Malheureux père, va !…. C’est ta propre monstruosité qui parle maintenant par ma bouche… — Oh, mon fils !… je regrette de vous avoir fait tant de mal… J’ignorais que… — Et tu te couvres maintenant par l’ignorance…. — Je sais que j’ai agi comme un inconscient… — Depuis que tu es parti vivre ta vie à Casablanca, moi je ne vais plus à la fac... – Tu as eu ta licence, au moins ? – Oui, mais elle ne me sert plus à rien... je ne trouve pas de travail, même avec mes autres diplômes d’informatique... – Je suis navré, mon fils, vraiment navré... – Navré ? Et moi donc ? fit-il d’une voix haletante. Si tu étais là, toi qui connais tant de monde, tu aurais pu m’aider... Tu sais très bien qu’aujourd’hui, dans ce pays, on ne réussi pas sa vie si on n’a pas d’argent ou un parent influent... – C’est la destinée, mon enfant... – Oui, c’est cela, tout le monde, en ce moment, se sert de ce mot pour se déculpabiliser... Pourquoi pas toi aussi, toi qui es aussi incroyant qu’un communiste. – Et que fais–tu, maintenant, Salim ? – Rien ! ... Ma vie et devenue monotone... invivable... je passe le temps à ne rien faire... – Et tes frères ? |
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JAB'ALLAH L'HOMME D'AMERIQUE "Extrait"
En tant que journaliste au célèbre quotidien marocain «La Bouche-close » je devais absolument écrire un billet sur le sport, la culture et l’art qui, méprisés par certains arrivistes, agonisaient dans ce Maroc Oriental.
J’adorais autrefois me retrouver de temps à autre dans cette ville millénaire… on y trouvait souvent des intelligences vives et des volontés extraordinaires… Il n’était pas rare de rencontrer dans cette ville ancestrale une famille de miséreux, dont un ou deux enfants s’élevaient à des situations libérales ou se taillait une place de choix dans le monde intellectuel et politique du pays. Certains étaient nés dans la misère absolue. Grâce à leur volonté et à leur acharnement au travail, ils étaient devenus de compétents professeurs, de célèbres penseurs, d’importants médecins et d’éminents chirurgiens… D’autres, avec leur savoir, leur tact et leur charisme, devinrent d’efficaces diplomates, de hauts fonctionnaires d’Etat, des leaders politiques et des chefs de Gouvernements… Aujourd’hui, nombreux sont les frères et les cousins de ces prodiges qui, moins ambitieux, préfèrent vivre dans la magouille, le gain facile de la contrebande, le trafic de stupéfiants et l’exploitation de l’émigration clandestine. Nombreux aussi sont ceux qui galvaudent continuellement, dans les rues murmurantes de la ville, nourrissant leur paresse, leur oisiveté, en entretenant leur jalousie et leur hargne à l’encontre de tous ceux qui ont réussi. J’avoue ne plus avoir reconnu ni Oujda, ni les Oujdis. La ville a perdu son charme typique et ses nouveaux habitants, pour la majorité des paysans de la périphérie, ont tous l’esprit préoccupé par ces événements terre-à-terre de la vie quotidienne… Toutes les intelligences que je reconnaissais aux anciens Oujdis paraissent figées sur les contingences usuelles, en donnant à l'actualité d'hier ce recul dans l'espace qui est presque l'équivalent de l'éloignement dans le temps et d’abandon de tous acquits de civilisation et de savoir-vivre… Jadis, j’adorais flâner en toute confiance dans les vieilles ruelles de cette ville en compagnie de ceux de mon humble étoffe… J’adorais voir et écouter de temps à autre ces gens simples… En dépit de leur impulsivité apparente, ils étaient pour moi vraiment des humbles et des heureux ayant beaucoup de cœur… Malgré leurs habitudes de parler à haute voix, d’avoir toujours les sourcils froncés, de ne montrer le sourire que très rarement, ils étaient en réalité très chaleureux et très hospitaliers. Contrairement aux apparences, ils n’étaient jamais indifférents et ils cherchaient toujours à connaître les autres… Ils étudiaient le caractère de ceux qu’ils côtoyaient et s’ils vous estimaient, ils vous recevaient merveilleusement chez eux.
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LE MIEL DE LA HAINE "Extrait"
Le journaliste se tut un moment et reprit son discours fleuve :
- Dans notre communauté arabe, le goût du travail se
perd chez les jeunes, l’individu oublie son devoir réel envers la société…
- Il n’y a pas de politique chez nous autres, hurla un étudiant. Il n’y a ni politique, ni politicien ! Il n’y a que de l’improvisation et des politicailleurs qui veulent paraître profonds quand ils sont, comme on dit, que vide et creux… Il n’y a pas de vrais politiciens…que des escrocs qui font fortune sur le dos des pauvres gens qu'ils trompent et tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets : voilà toute la politique… Mais le peuple se contente de feindre d'ignorer ce qu'il sait… de savoir tout ce qu'il ignore; d'entendre ce qu'il ne comprend pas, de ne pas ouïr ce qu'il entend…
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DES MOTS DIFFICILES A DIRE "Extrait"
lorsque les époux ne sont pas d’accord au lit, ils adoptent en tout des opinions contraires. Mépris, mensonges et tromperies deviennent le plus saint de leurs devoirs.
¾ « C’est seulement parce que mon fils est pauvre, a-t-elle dit. Vous autres salauds de riches, vous êtes tous les mêmes ! Vous n’aidez que vos semblables ! Que ceux qui vous offres des cadeaux ou qui font des heures supplémentaires chez vous, en payant. J’ai essayé de la convaincre, mais elle ne m’écoutait pas et continuait à parler en me lançant un sourire méprisant. Je lui ai finalement proposé d’entrer et de prendre un café, pour la convaincre de ma bonne foi. Elle a continuée de parler de ma femme avec un langage vulgaire et grossier. Dans sa lancée, elle critiqua le pays, la politique, l’enseignement, et de tout le système. Je l’ai laissé vider son sac. Peu à peu, je suis devenu conscient d’elle. Je veux dire : d’elle en tant que femme, assise là…Il y avait en elle quelque chose, sa colère, ses mains, sa façon de les agiter : d’une certaine façon, elle était très belle. J’avais du mal à respirer. Trop fier de ma personne, c’était la première fois que je réagissais comme ça devant une femme de la basse société; une espèce de sauvagerie m’envahissait ; j’ai essayé de garder mon calme, mais plus elle tempêtait, contre ma femme et le pouvoir, plus les mots dont elle les accablait étaient grossiers, plus une vague incroyable et terrible de désir me gagnait. Je ne pouvais plus me maîtriser. Et elle, avec sa djellaba dégueulasse continuait à se plaindre des hommes, des femmes, du Roi, de Dieu et de tout l’univers. Plus elle parlait, plus ses lèvres et ses joues devenaient roses. Indépendamment de ma volonté, mon sexe se gonfla à bloc. Le salon était sombre. Ça avait facilité les choses. Et puis, je ne pouvais plus résister. Je me suis approché d’elle, par derrière, et j’ai passé mes mains sous ses bras ; je les ai passées sur ses seins que j’ai palpés doucement et je l’ai embrassé sur le cou. Elle s’est brusquement retournée. Son visage de sauvageonne avait reprit son calme. Ce n’était plus qu’un ovale parfait où la bouche large et pulpeuse détonnait, s’était figé d’une façon bizarre, avec une expression tendue et avide. J’ai remué maladroitement mon corps et mon sexe contre elle le temps de quelques mesures, puis, brutalement, elle me tendit sa bouche ouverte pour m’embrasser avec une passion sauvage que je n’avais nullement soupçonnée en elle. On dirait qu’elle n’attendait que ça.
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Khalti Fatna "Extrait"
C’est drôle ! … Les souvenirs de mon existence sont si extraordinaires, si invraisemblables que j’ai peine à croire moi-même en leur réalité. Il me semble parfois que les étapes de ma vie étaient écrites par des romanciers talentueux et débordant d’imagination… Et pourtant, autant que des cicatrices indélébiles, tout mon passé est resté gravé dans ma mémoire comme dans du marbre...
Ce petit enfant que je revois dans la nuit, seul, affamé, tremblant de froid et de peur ne peut être moi ! Non, ce n'est certainement pas moi ce gamin, abandonné à l'aube de son enfance, que je revois errant dans les rues d'Oujda avec les vagabonds, les mendiants, les fous, les voleurs et des abrutis de toute espèce … Je n’ai rien oublié ! Comme si c’était hier, je me rappelle tout... C’était bien moi, ce petit vagabond que je revois dans la nuit, seul et affamé… Je revois cette partie de ma vie comme dans un brouillard. J’avais moins de dix ans et j’étais l’un de ces centaines d’enfants orphelins abandonnés que la fatalité avait condamné à vivre dans la rue, dans la misère, le froid et la peur. A travers mes vagabondages, j’ai connu l’oppression des forts, la tyrannie des pauvres, la maladie et la gueule hideuse de la mort… j’ai été mâché, remâché et craché ensuite comme une bouchée fade… Mes orteils étaient ulcérés à force d’avoir marché pieds nus. Mon corps était mortifié a force d’avoir dormi dans les fossés… A force d’avoir mangé des miches de pain rassis toutes recouvertes de moisissures, de boue et de fiente d’animaux… A force d’avoir consommé de la charogne où pullulaient les vers et d’avoir bus l’eau infestée des marécages, mes intestins étaient rongés par toutes sortes de maladies … J’avais eus recours à l’aumône des gens dans les rues d’Oujda, terre hostile… J’avais tout fait pour garder ma chair sur mes os et ma pensée intacte…
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