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LES CLASSES




LA VEILLE DE L’INCORPORATION :



La nervosité est à son comble : Comment va se passer la journée de demain? Sur quels énergumènes vais-je tomber pendant mes classes? Et autres questions classiques de veille d’examen, qu’ont connus les esthètes de ce siècle que sont les bacheliers.
Et puis, le plus important... On ne va pas laisser de plaisir à ces dégénérés mentaux tailleurs professionnels et patentés de système pileux de jeunes recrues de me couper les tifs. Je prends donc rendez-vous chez mon coiffeur habituel. Celui-ci, ne m’ayant vu que deux fois en trois ans, sera étonné par ma volonté de couper cette tignasse rebelle qui tombe nonchalamment sur mes épaules. Une demi-heure de liberté perdue plus tard, je ressors la boule à zéro.
L’Armée m’a donné rendez-vous (ou plutôt m’a posé un ultimatum) à Dieuze (57) au 13ème RDP le 2 février 1994 à 9h00 (pour les aliénés et autres militaires : Il s’agit de 9h00 du matin. Sinon, j’aurais précisé 21h00.). Je vais prendre quelques renseignements sur la signification des trois mystérieuses lettres R, D et P, ainsi que sur la manière de se rendre dans ce petit village, survivant économiquement grâce aux victimes du système qui y dépensent la majeure partie de leur maigre solde. La première réponse du quidam au bout du fil provoque un arrêt cardiaque momentané. En effet le R de RDP signifie, bien entendu REGIMENT. La deuxième lettre ne m’étonne pas outre-mesure : dans un souci permanent de ridicule, les militaires de ce Régiment ont décidé de se faire appeler DRAGON. C’est la troisième lettre qui va changer cette vaste farce qu’est le Service National en véritable cauchemar... Le P signifie PARACHUTISTE.
Ce qui me rappelle une petite anecdote, vécue quelques mois plus tôt, lors des « trois jours » : Un sous-officier affublé d’une bedaine à faire mourir de honte Carlos (le « chanteur ») en personne, exhibant fièrement un morceau de ferraille représentant un parachute couronné par deux ailes, nous demanda, à tous mes camarades d’infortune ayant la malchance d’être en bonne santé et à moi-même, si nous désirions jouer avec nos vies, balancés au bout d’une corde, retenus dans le vide grâce à un morceau de drap. En clair, si nous voulions être, selon ses termes, « parachutistes, l’élite de l’armée française ». Il va sans dire que la plupart d’entre nous, du moins ceux dont le QI approchait la normale, sentirent le piège et se rétractèrent aussitôt. Il nous fut répondu : « Tant pis. Mais voyez-vous, dans l’Armée Française, on ne force personne. »
La suite allait m’apprendre que l’apprenti Icare en uniforme était proche de la réalité. Dans l’Armée Française, on ne force personne physiquement. Les militaires ont les moyens de vous faire-faire ce qu’ils veulent. Bien sûr, les méthodes, solidement éprouvées, ont été inventées puis affinées par des psychologues de génie, hautement qualifiés pour ce travail et, de surcroît, civils. Les traîtres... En dernier lieu, ne pas oublier d’organiser la dernière petite fête. Coup de téléphone à tous les copains, toutes les copines. On fumera un ou deux joint, on ira se bourrer la gueule au troquet du coin, et puis on ira en boîte si on tient encore debout. Bon programme.

suite de cette partie

prologue; les classes; grades et fonctions; langage militaire; cours;